PAR CH.-OLIVIER BOURGEOT
bethune@info-artois.fr Philippe Preud'homme pourrait parler des heures du projet ForumInvest relatif à l'aménagement de la Rotonde. Pensez, un investissement privé
de 350 M E tombé du ciel en pleine crise, ça vous comble un homme public. Beaucoup moins l'habitant des Cheminots - 8-Ter qui voit débarquer un mastodonte à la porte de son quartier paisible.
Alors eux-aussi pourraient parler des heures de leur opposition au projet.
L'adjoint au commerce s'en aperçoit rapidement lundi soir à la Goutte de lait. Et s'il n'a qu'une demi-heure pour l'exposer, il prend finalement une heure à
défendre ce projet qu'il évoque avec tant d'enthousiasme. Parce qu'il doit d'abord et surtout justifier la disparition du stade des Cheminots qu'induit l'extension de la zone commerciale.
« Il ne saurait être question de supprimer des outils de sports qui existent », martèle-t-il.
Pas supprimés certes, mais déplacés. La question revient donc inlassablement. Que va devenir le stade des Cheminots ? Preud'homme reste évasif sur sa future
implantation. « Ils en auront un autre à 200 mètres de là, en bas du Pont Mendès-France, à côté de l'école de musique », assure Stéphane Saint-André, contacté hier.
Qu'importe, le projet fait l'unanimité contre lui. Tant chez ce couple béthunois venu assister à la réunion (lire ci-dessous) qu'au niveau des élus du
conseil de quartier. Jeanne-Marie Feraux regrette notamment la perte du dernier espace vert. Pas seulement. « C'est pas le centre commercial qui va nous donner un espace de liberté.
On nous enlève tout ce qui fait la valeur de la cité des cheminots : le stade, la salle de gym. » Les représentants du conseil de quartier dénoncent aussi la méthode employée. Qui
montre les limites de leur rôle. Sur ce point, Renaud Silvestri, adjoint de la présidente Dominique Denoeud, dégaine le premier : « Si je suis dans ce conseil de quartier, c'est qu'on
m'a parlé de démocratie participative. Aujourd'hui, vous nous informez. En aucun cas, vous demandez notre avis. » Sentiment de déjà-vu. Et de citer en (mauvais) exemple le projet ANRU
et la rue Danton. Preud'homme enfile un gilet pare-balles : « La différence entre le projet ANRU et le projet de la Rotonde, c'est que je viens vers vous alors que rien n'est
signé. » Or, l'adjoint au commerce jure que la population sera consultée, tout en rappelant qu'« il faudra voir l'intérêt général de la population ». «
Intérêt d'un commerçant, de M. Mulliez (PDG d'Auchan) », devine plutôt Bernard Tetelin. Dont la conclusion va faire jaser : « J'ai bien compris l'exposé de monsieur. Ce
qui est prévu ne me convient pas. J'ai bien l'impression que quoi qu'on en dise, l'affaire dans le sac. » Faux, rétorque l'avocat de métier : « Ça s'appelle un procès
d'intention. Vous n'avez pas le droit de dire que nous allons le faire de manière pipée. »De retour à domicile, Caroline Laigle et Nicolas Duriez en auraient presque la larme à l'oeil
si la Rotonde ne s'implantait pas devant chez eux. Preud'homme ? « Il a fait une belle plaidoirie. » Ça leur fait une belle jambe. •
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