Présidentielle : la gauche en mouvements

Pour Macron, Montebourg et Mélenchon, les partis traditionnels sont dépassés, et c'est avec leur propre mouvement qu'ils tentent de s'organiser pour 2017.

Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon et Arnaud Montebourg ont plus en commun que leur seule propension à torpiller le quinquennat de François Hollande. Chacun prétend (à sa façon) relever le gant face au président sortant, en s'appuyant sur de tout jeunes mouvements politiques... créés ex nihilo, grâce à de simples sites Internet.

 

Le pari peut paraître fou ! Et pourtant, au sein d'une gauche déboussolée, ils prospèrent. Aujourd'hui, Jean-Luc Mélenchon pourrait voir le Parti communiste français (PCF) se rallier à sa France insoumise. Arnaud Montebourg rassemblera, lui, entre 400 et 500 personnes dans le XIarrondissement de Paris pour les états généraux de son Projet France. Ce même jour, dans le XIIe, Emmanuel Macron réunira autant d'animateurs locaux d'En marche !

 

L'air du temps, entre défiance à l'égard des formations politiques traditionnelles et rejet de la gauche gouvernementale, leur donne du vent dans les voiles. « Il y a une crise politique si profonde que les Français doutent des vieux appareils », analyse le directeur de campagne de Montebourg, François Kalfon, qui se félicite de voir affluer « des gens qui n'ont jamais fait de politique et n'auraient jamais poussé la porte du PS ».

 

 

Des partis à l'américaine

 

Même discours chez Macron pour qui les deux grands partis ne comptent guère plus qu'une « amicale des boulistes » ! Chez Mélenchon aussi, entré dans la course sans même prévenir ses alliés communistes, on en fait un argument de vente. « Notre discours est grand angle : contre l'oligarchie, pour le peuple. Mélenchon est le candidat de toutes les gauches, sociale et écolo. Voilà pourquoi il fallait s'émanciper des partis et forger un outil politique nouveau », explique l'un de ses lieutenants.

 

Les start-up politiques seraient-elles la nouvelle martingale ? Une candidature PCF n'est pas « l'option » privilégiée Place du Colonel-Fabien.

 

Quant au PS... « On fait les Cahiers de la présidentielle, mais ce ne sera pas le programme. Et avec la primaire, on est dépossédé du choix du candidat. On est devenu un parti à l'américaine, une écurie qui lève des fonds », peste un représentant de l'aile gauche. Même un soutien de François Hollande le reconnaît : « Les partis ne tiennent plus leur rôle. Ce sont devenus des machines électorales. C'est un sérail, le règne de l'entre-soi... »

 

Sauf que pour briguer l'Elysée, ces mastodontes restent incontournables. Dur, dur, pour Mélenchon, de récolter les 500 parrainages sans l'appui du PCF. Dur, dur, pour Montebourg, de faire campagne sans l'appui logistique du PS.

 

Seul Macron poursuit réellement sa route en solo, en écartant toute participation à la primaire PS. « S'il y participe, on passe du jour au lendemain de 90 000 à 5 000 adhérents », estime l'un de ses proches, bien conscient que c'est précisément son cheminement hors piste qui séduit ses sympathisants. Reste à savoir s'il aura les moyens d'aller au bout...

 

« Ces jeunes mouvements ont le charme de la nouveauté, mais il y a aussi une présomption d'impuissance », relève Christian Paul. Les vieux partis survivront donc le temps de la campagne. Mais après... « Ils devront muter », juge le chef de file des frondeurs. Sur ce point au moins, ce soutien du chef de l'Etat ne le démentira pas : « La vraie question, une fois la présidentielle passée, c'est : comment on réinvente le PS moderne ? On doit transformer les partis politiques. Sinon, on est morts. »

Retour à l'accueil