Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
LE CH'TI BETHUNOIS

Le peuple contre le socialisme bourgeois

14 Décembre 2016 , Rédigé par le journaliste

La gauche doit se le dire et se le redire : sans le peuple, elle n'est rien, elle ne représente rien, et ne vaut pas un quart d'heure de peine.
 

Elle a des prétendants, mais plus de boussole. La gauche est laminée entre une droite en pleine dynamique et une extrême droite en embuscade. Il y a, bien sûr, les éternelles querelles de personnes. Mais, cette fois, le malaise est bien plus profond : il n'y a plus de socle commun. Mélenchon joue la radicalité avec un certain succès. Macron veut révolutionner la donne politique. Montebourg entend incarner le "sérieux" et Valls prétend rassembler "les gauches irréconciliables", après les avoir fustigées ! Aucun n'a la moindre chance de conquérir ou de conserver le pouvoir sans le soutien des classes populaires. Or, en France comme en Europe, les peuples se détournent de plus en plus de la gauche. Quelles que soient ses nuances.

La crise dans les rapports du peuple avec les élites désigne deux réalités différentes, parce que le peuple lui-même est une notion ambivalente, recouvrant deux sens différents. Le peuple est tantôt l'ensemble de la population d'un Etat, disposant d'un même pouvoir politique et soumis aux mêmes lois. C'est le sens dérivé du latin populus, que l'on retrouve dans l'expression consacrée : senatus populusque romanus, où le sénat désigne le pouvoir gouvernant et le peuple, l'ensemble des gouvernés. En grec, le mot correspondant est demos, que l'on retrouve dans «démocratie», c'est-à-dire la souveraineté du corps politique tout entier. Mais le peuple a pris aussi en français le sens du mot latin plebs - la «plèbe» -, c'est-à-dire la partie la plus «populaire» de la société, par rapport aux fractions privilégiées (aristocratie, bourgeoisie).

D'où la coexistence mais aussi la convergence de deux crises, que l'on confond le plus souvent, mais qu'il est nécessaire pour la compréhension des choses de bien distinguer : d'abord, la crise dans les rapports de l'ensemble des gouvernés avec l'ensemble des gouvernants. C'est une crise générale, présente dans le monde entier, qui est due au vieillissement du système représentatif, dès lors qu'il est concurrencé par de nouveaux instruments d'expression et de mesure de l'opinion : sondages, médias et, surtout, Internet. La démocratie déléguée du passé, qui était un pis-aller, fait progressivement place à certaines formes de démocratie directe. Le peuple-populus ne comprend plus pourquoi des représentants exerceraient le pouvoir en son nom et à sa place, dès lors qu'il peut le faire directement. Cette crise de la démocratie représentative est une crise de croissance, qui tend à nous rapprocher de l'idéal de la démocratie athénienne, qui était pour l'essentiel une démocratie directe, où le contrôle du peuple sur les organes exécutifs s'exerçait directement sur l'agora. Il va sans dire que la taille des démocraties modernes rend toutefois difficile et contestable l'exercice de cette démocratie directe, dès lors qu'il s'applique non plus à une ville, avec sa population mâle réunie sur une place, mais à un ensemble de millions, de dizaines voire de centaines de millions de personnes.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article