Nous avons demandé à Jacques Mellick l'autorisation de publier sur notre blog sa réflexion suivie du texte du sénateur Gaétan Gorce concernant l'aménagement de notre territoire face à la métropolisation galopante de Lille au détriment du béthunois.

Vous trouverez ci- dessous un texte du sénateur de la Nièvre Gaétan Gorce concernant les territoires périphériques en dehors des métropoles pour le futur.
Je partage totalement son analyse. C'est pourquoi pressentant ce qui allait arriver en terme d'aménagement du territoire j'ai toujours proposé soit l'orientation du territoire du Béthunois vers Lille, soit la constitution d'une métropole basée sur 4 pôles: Arras, Béthune, Lens, Douai, à l'image du pôle universitaire construit en 1992. Et presque à l'image de monde économique qui a construit la CCI de l'Artois même s'il manque encore Douai.
Mais les peurs, les conservatismes de gauche comme de droite s'y sont opposés de crainte de perdre leurs petits pouvoirs. Enfin "le pôle métropolitain constitué est une première étape mais il faut aller très vite pour retrouver au moins Arras et si possible Douai. En mars 1984, le journal Nord Matin titrait en gros titre "Jacques Mellick réclame pour le Béthunois sa part d'avenir".
Et nous avons obtenu l'un des pôles universitaires, le TGV, l'établissement Voies Navigables, un Nouveau Centre Hospitalier équipé de matériel médical sophistiqué, la Scène Nationale la Comédie de Béthune, la construction d'un nouveau aquatique etc... Mais tout cela est encore insuffisant pour que notre population ait une chance de s'en sortir. Il aurait fallu aller plus loin mais des gestions "pépères", sans ambition ont cassé la dynamique enclenchée.
Alors pour combler le handicap, il faut mettre la pression pour obliger les élus des 3 agglomérations de l'ex Bassin Minier à engager une coopération avec Arras la capitale du Pas-de-Calais. C'est aussi l'intérêt de l'Arrageois.
C'est une question de survie à moyen terme, pour les habitants du Béthunois.

J.M.

La source du malaise ? La fin programmée de l’unité française.

Longtemps marquée par un équilibre entre ses territoires, ou par la recherche volontariste de celui-ci, la France d’aujourd’hui se fracture. Et là se trouve sans doute l’une des causes profondes du malaise qui l’étreint. L’autre nom de cet équilibre – l’égalité- cette passion chevillée au cœur de la République n’y trouve en effet plus son compte. Un fossé qui ne cesse de se creuser… Un véritable décrochage est en train de s’opérer, désormais visible à l’œil nu… au moins, et c’est une partie du problème, pour ceux qui veulent bien regarder.
Toutes les données sont en effet « sur la table » et France Stratégie dans un rapport de juillet 2016 nous en a fourni obligeamment la synthèse.
On y « apprend », entre autres, que le mouvement de métropolisation à l’œuvre découpe littéralement la France en deux, réservant l’avenir aux uns, assurant à peine la survie des autres. C’est moins en effet le niveau de pauvreté qui distingue nos 15 aires métropolitaines (40% de la population) du reste du pays que leurs perspectives de progrès : concentrant la moitié de la masse salariale, elles ont bénéficié entre 2000 et 2010 de 3/4 de la croissance nationale, et de 70% des créations nettes d’emplois privés. Ceux-ci y sont en outre nettement plus qualifiés mais aussi à compétence égale mieux rémunérés (de 25% entre Paris et le Morvan par exemple). Ce processus a une explication principale : la désindustrialisation à laquelle on assiste depuis 30 ans et surtout depuis 2000 ! Celle-ci n’a pas touché que les régions aujourd’hui en déclin global (du Nord-Est au Centre) mais ces dernières ont la particularité de n’avoir pas pu s’adapter à la nouvelle donne… tandis que l’Ile de France et les grandes métropoles de l’Ouest et du Sud développaient une nouvelle économie de services, voire pour la façade méditerranéenne une économie fondée sur la présence de retraités et de touristes. Le décrochage a été violent : la différence de richesse par habitant n’a cessé de se creuser pour représenter plus de 50%, accentuée par la diminution ou l’éloignement des services publics, ajoutant aux écarts de niveau de vie des inégalités de santé ou d’éducation de plus en plus fortes. L’absence d’avenir commun…
Mais le plus préoccupant, et qui confirme le constat que je fais de deux France de plus en plus éloignées l’une de l’autre, c’est que la France plus pauvre ne peut plus espérer, à la différence du passé, profiter des mêmes opportunités que l’autre. Un mur de verre s’est dressé qui ne laisse à la plus déshéritée d’autre option que d’observer la prospérité de la France la plus riche sans pouvoir s’y associer. Ainsi, nous assène le rapport de France Stratégie, achevant la démonstration, « la probabilité de connaître une promotion sociale varie fortement selon le département de naissance. »
Un enfant d’ouvrier aura ainsi quatre fois moins de chances d’accéder à un emploi qualifié s’il est né à Nevers plutôt que dans l’une de ces grandes aires métropolitaines.
Et pour un même taux de réussite au bac, la Nièvre (comme des dizaines d’autres territoires) aura un taux d’accès à l’enseignement supérieur… deux fois plus faible ! Il s’agit bien d’une INJUSTICE puisque que nos concitoyens n’ont plus les mêmes chances selon leur lieu de résidence.
J’insiste : ce n’est pas la différence de richesse qui est nouvelle (les politiques sociales continuent bien d’ailleurs à la réduire puisqu’elle n’est plus que de 20% après redistribution), c’est le fait de ne plus partager le même espoir d’évolution.
De ne plus avoir, bien qu’appartenant au même pays, le même droit à l’avenir ! L’indifférence de la France et de la gauche d’en haut… A en croire le rapport, les choses ne vont pas aller en s’améliorant.
« Justifié », selon ses auteurs, par la concurrence mondiale, le processus de métropolisation est ainsi jugé par ces experts, au mépris de nos valeurs politiques, comme « utile » voire « inéluctable » ! Et de proposer de toujours concentrer sur les zones les plus riches les investissements publics, ne laissant aux autres que les résidus…..
Naturellement les choses sont dites en termes plus choisis mais avec un bel aplomb : « Une telle politique [concentrer l’investissement public dans les zones productives] augmenterait la compétitivité de l’économie française et assurerait des recettes fiscales supplémentaires qui bénéficieraient in fine [j’adore ce « in fine »] aux territoires défavorisés, par le système de protection sociale notamment. » Ce qui revient à assumer clairement le décrochage des habitants de régions entières qui faute d’emplois toucheront des allocations !!!!!
Et cela pourtant après avoir fait le constat que (je cite): « les politiques territoriales… ne semblent pas répondre à des finalités claires ».
« Depuis trente ans, les dispositifs d’aide aux territoires, poursuit le rapport, se sont multipliés et certains d’entre eux se chevauchent, voire même apparaissent contradictoires. » CQFD…
Le plus grave n’est pas que ce raisonnement libéral (la vieille théorie du ruissellement) soit tenu au plus haut niveau de l’Etat et cela indépendamment des étiquettes politiques. Non ! Le plus redoutable, c’est que ceux qui le portent ne mesurent à aucun moment les conséquences de ce qu’ils préconisent comme s’il s’agissait de questions abstraites.
Ignorer à ce point notre histoire, nos valeurs et nos réalités sociales, faire preuve d’une telle ignorance, relève de l’incompétence la plus extravagante et montre à quel point nos prétendus experts ne connaissent plus rien à la France qu’ils auscultent… Et que leur « chef “soit désormais investi de responsabilités stratégiques dans la campagne d’un candidat à la présidentielle n’est pas pour me rassurer.

Trois remarques à la suite de cette consternante observation…

D’abord, loin de garantir une autre forme de cohésion sociale, cette politique de métropolisation génère au sein même des aires urbaines qu’elle privilégie des inégalités croissantes.
Non seulement la hausse du coût du logement liée à la concentration démographique provoque des problèmes d’habitat, de transport et plus globalement de qualité de vie.
Mais le développement qu’elle soutient bénéficie à une fraction de plus en plus étroite de la population. Si celle-ci dans son ensemble profite du niveau de service offert, c’est au prix d’une condition salariale dégradée tant en termes de statuts (précarité) que de revenus en particulier pour les jeunes générations. Ce processus s’opère en effet dans un pays doté d’une démographie plutôt dynamique contredite par une croissance trop faible, ce qui a pour effet de réduire les ressources disponibles pour les nouveaux entrants, comme ne cesse de nous le montrer les travaux du sociologue Louis Chauvel (cf. Le Monde 10 juin 2014 « Une France qui sacrifie sa jeunesse »).

Ensuite, les écarts de développement qu’entraîne cette stratégie sont de plus en plus visibles, et, à ce titre, suscitent d’inévitables réactions sociales et politiques.
C’est en effet tout le réseau si dense de nos petites et moyennes villes qui est en train de flancher.
Les agglomérations de moins de cent mille connaissent (presque) toutes le même phénomène de perte de populations, de disparition de commerces et de paupérisation des habitants de centre-ville comme de réduction de leurs ressources, fiscales mais aussi des dotations reversées par l’Etat.
Il ne s’agit plus seulement des petits bourgs mais de chefs-lieux de département ou de villes au passé industriel prospère dont Nevers ou Montluçon sont les exemples-types, entraînant avec elles toute une région.
Le malaise se répand ainsi bien au delà des zones rurales pour menacer notre maillage urbain dans son ensemble, y compris à proximité des métropoles qui attirent même et absorbent ce qui leur reste de vitalité.

C’est donc enfin toute une façon de vivre qui est ainsi remise en cause.
La France s’est faite autour de ces 400 bassins de vie qu’animaient depuis toujours un petit centre urbain, son marché, ses services publics, une industrie venue s’installer parfois loin des frontières agitées de l’est et faisant bénéficier, l’appui de l’Etat aidant, toutes les régions françaises d’un développement plutôt équilibré.
Ce facteur essentiel à notre unité est en passe de s’annuler, d’autant qu’aux effets de la crise sur l’emploi se sont ajoutées les suppressions d’hôpitaux, de tribunaux, de gendarmeries, d’écoles, entretenant dans la population un sentiment d’abandon qui est en train de se muer en révolte électorale.
Ainsi l’Etat a pu à Château Chinon supprimer l’Imprimerie de l’armée de terre au moment même où Dim fermait !

Se rassembler autour d’un autre projet…. Si l’on veut éviter une sorte de « guerre de sécession » entre les métropoles et le reste du Pays, il est urgent – au contraire de ce que propose France Stratégie – d’inverser la tendance.
L’avenir n’est pas, me semble-t-il, aux « nouvelles ruralités », bien que la démarche soit utile. Celles-ci ne peuvent être en effet qu’une part d’une action qui doit au contraire dépasser l’opposition « urbain-rural » que privilégie l’Insee et qui brouille la réalité.
Cette opposition fait croire en effet que la rupture d’égalité entre les territoires, que je dénonce, ne concernerait qu’une France minoritaire, les 20% de ruraux vieillissants « condamnés par le mouvement de l’histoire ». Mais la réalité est toute différente si l’on veut bien substituer au critère de « ruralité », celui de la taille des différents agglomérats urbains… en partant du principe que celui de Nevers ou de Vesoul n’est en rien comparable à Paris, Toulouse, Nantes ou Marseille…
La France périphérique, pour reprendre les termes qu’à popularisé dans son livre le sociologue C. Guilluy, celle qui semble structurellement privée d’avenir, où les actifs ouvriers et employés sont dominants, représente… 60% de la population française, démontrant que le malaise n’est pas située sur les marges mais au cœur même du Pays !
L’avenir est en conséquence à la redéfinition d’une véritable politique d’aménagement du territoire qui conduise l’Etat à aider nos territoires à se « réindustrialiser », développer leurs équipements et accueillir des structures adaptées de formation notamment dans le supérieur.
C’est le combat que les élus de cette France dite périphérique et pourtant centrale devraient mener en faisant front, c’est à dire en se rassemblant non pas en faveur de partis parisiens dont les dirigeants nous regardent avec indifférence mais autour des intérêts communs de la population, à savoir la défense, la promotion et le développement d’une France qui, pour garder son unité, doit veiller à donner à tous les mêmes droits à l’avenir
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