Législatives, 9e du Pas-de-Calais

 

Deux élus à la mairie de Béthune se disputent la place aux législatives
: les conséquences seront inévitables.
Deux élus à la mairie de Béthune se disputent la place aux législatives : les conséquences seront inévitables.

Les chiffres sont implacables : avec 79 204 inscrits dans la circonscription, il faut engranger au moins 9 900  voix pour accéder au 2e tour. Ce qui, si on tient compte d’une abstention ordinaire d’environ 30 %, amène le curser à un score de 18 %. Un duel, c’est obligé, une triangulaire, c’est moins évident. Tout l’enjeu des challengers se résume à être celui ou celle qui passera le cap du 11 juin face à un Front national dont ils redoutent sans se cacher qu’il décroche facilement le ticket pour la finale.

 

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Le député sortant, Stéphane Saint-André, PRG investi par le PS et partisan d’une loi qui limiterait à trois le nombre de mandats à l’Assemblée nationale, en brigue un second. En 2012, il avait arraché de peu à la droite d’André Flajolet une circonscription historiquement à gauche. Député à temps plein depuis qu’Olivier Gacquerre lui a enlevé la mairie, il doit affronter plusieurs handicaps. En 2012, à côté du président Hollande alors nimbé d’une aura de victoire contagieuse, le candidat Saint-André jouait le mimétisme sur ses affiches. En 2017, il a pris ses distances, cela suffira-t-il à sauver sa « prime au sortant » de la rancœur par procuration des électeurs ?

 

Il devra surmonter aussi la dispersion des voix à gauche. À vérifier si le soufflé Mélenchon, un peu retombé entre les deux tours et la non-prise position du candidat contre le FN, portera haut Bruno Dubout. Et puis, Alain Delannoy a décidé de se lancer cette fois encore, dissident comme en 2012 (il avait remporté 10,87 % des suffrages exprimés), envers et contre le PS. En 2012, battu, il soutenait SSA du bout des lèvres, sans calcul parce que, disait-il dans nos colonnes, «  mon avenir est derrière moi  ». Il a changé d’avis.

Le député sortant a préféré décliner l’offre d’investiture d’En Marche !

Dans une circonscription où la vague FN, représentée par le conseiller départemental Jacques Delaire, déferle jusque sur les paisibles villages du Bas-Pays, l’issue de la présidentielle n’avait pas été si macroniste qu’au niveau national dans les cantons, loin s’en faut. Marguerite-Deprez-Audebert, investie par En Marche ! après le refus poli de SSA, sera-t-elle portée par la vague du 7 mai ? Le député sortant de gauche a pris un risque en déclinant l’offre, mais il veut croire en son étoile et renvoie la candidate d’En Marche! à son appartenance à une majorité de droite, dite arc-en-ciel, celle qui lui a pris la mairie en 2014.

Deux élus béthunois dos à dos

Et c’est là l’ironie de la situation : la candidate En Marche ! se retrouve face au premier adjoint béthunois, Pierre-Emmanuel Gibson. Bien avant l’investiture officielle, dès mars 2014 en fait, ce dernier était dans les starting-blocks pour 2017... Au sein de la majorité, les soutiens sont divisés mais un signe fort, c’était la présence du maire Olivier Gacquerre au meeting de P.-E. Gibson, vendredi. Un signal qui entrouvre déjà la porte des municipales de 2020 : quelle que soit l’issue des législatives, l’un aura besoin du soutien de l’autre pour que l’arc en ciel ne vire pas à l’orage.

Stéphane Saint-André veut croire en son étoile

Après avoir été maire de Saint-Omer en 1977, puis bouté hors de la municipalité en 1983, le père de Stéphane Saint-André a été conseiller général de 1976 à 2001, réélu à chaque fois. Son fils espère connaître la même longévité à l’Assemblée nationale.

Depuis 2016, l’ancien maire de Béthune a régulièrement fait état de son travail à l’Assemblée nationale, utilisé, chaque année, pleinement sa réserve parlementaire, prenant grand soin de n’oublier personne dans sa circonscription. Dans cette 9e, peu le connaissaient. «  Il y a cinq ans, j’avais peu de soutiens. Aujourd’hui, les gens me connaissent, mes rapports avec les communes sont bons. Je suis confiant.  »

En marche… arrière

Il a été investi par le PS avant que l’élection présidentielle ne révèle un parti démembré. K-O. debout ? Il met en avant l’étiquette PRG (Parti radical de gauche), qu’il décrit aux idées parfois très proches de celles d’En Marche !… En Marche ! qui l’a d’ailleurs enrôlé au lendemain de sa conférence de presse de lancement de campagne. Avant qu’il ne refuse poliment l’investiture, invoquant à la fois liberté de pensée et engagement à soutenir les lois «  conformes à (ses) convictions  ».

Depuis, la campagne du candidat PS-PRG bat son plein. «  J’ai le sentiment d’avoir fait mon travail et rempli les missions pour lesquelles j’ai été élu.  » Cette impression suffira-t-elle pour prolonger son bail à l’assemblée ?

ST. L.

 
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